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D'abord simple tubercule entrant dans la chaîne alimentaire des premiers hommes vivant sur les territoires où elle prospérait, la truffe n'était qu'un élément médiocre, parce que récoltée au moment de son grossissement. Elle s'offrait alors à leurs yeux et constituait une pitance facile d'accès.
Peu
à peu on apprendra à attendre sa maturité. Mais ce n'est que lorsque les
civilisations méditerranéennes atteindront leur stade esthétique, voire
décadent, qu'elle prendra une place de plus en plus importante. Elle pourra
dès lors apparaître sur la table des Grands. Nous apprendrons aussi qu'elle
était rarement cuisinée à son avantage ; accommodée le plus souvent avec force
d'herbes et épices, il lui était impossible de s'exprimer. Après la décadence
romaine (450 ap. J.C), elle semble avoir été oubliée pendant près de mille
ans, tout au moins dans les hautes sphères. Invasions et famines se suivant,
seuls les Seigneurs locaux perpétuèrent sa tradition.
Après
que les Papes venus en Avignon l'eurent remis à la mode, les cours royales
leur emboîtèrent le pas. Son exotisme en faisait un produit de luxe et un
signe de richesse. François 1er et à sa suite tous les Bourbons cédèrent aux
charmes de la truffe et en firent l'ordinaire de leurs fêtes grandioses.
Le parcours gastronomique de la truffe amorça un tournant, lorsque des
Chefs célèbres comme Carême ou Brillat-Savarin comprirent qu'il fallait la
cuisiner pour elle-même et lui donnèrent ses vraies lettres de noblesse.
La politique de reboisement rationnel amorcée au milieu du 19ème siècle, liée à l'épisode du phylloxéra qui libéra tout un territoire favorable à la truffe, fit monter la production à près de 2000 tonnes à la fin du siècle. C'était l'âge d'or ; l'abondance était telle que l'on conseillait d'en mettre une livre pour truffer un chapon. En Périgord les Paysans la consommaient comme un légume.
Mais l'apogée annonçait déjà le déclin. La 1ère Guerre mondiale fit de telles coupes sombres dans les populations rurales, que les survivants durent négliger la culture de la truffe pour se consacrer à des tâches plus urgentes. De 2000 tonnes on passa à 400 tonnes en 1940. Le formidable essor après la 2ème Guerre mondiale du secteur secondaire puis du tertiaire provoqua la désertification des campagnes et le vieillissement de leurs populations qui négligèrent les sites truffiers. On atteignit le fond du gouffre dans les années 60.
Des hommes comme J. Rebière, L. Fioc, S. Floirat s'en émurent et
alertèrent les pouvoirs publics. L'INRA commença un important travail de
recherche qui aboutit en collaboration avec les Chercheurs Italiens à la mise
au point des premiers plants mycorhizés et une méthode de multiplication.
Leur efficacité est maintenant prouvée et les temps de mise à fruits
considérablement raccourcis. Aujourd'hui, l'avenir de la trufficulture
s'annonce à nouveau favorable. Les Chefs actuels rivalisent de créativité
autour de ce merveilleux produit.